Premier soir de froid : la chaudière redémarre après des mois de pause, le poêle reprend du service et bébé dort dans la chambre d’à côté. C’est le bon moment pour penser au monoxyde de carbone (CO), un gaz invisible et sans odeur que produisent les appareils qui brûlent un combustible. Chaque année en France, près de 3 000 personnes sont intoxiquées par accident et une centaine en meurent [3].
Pour réduire le risque, trois habitudes comptent avant tout : faire entretenir vos appareils par un professionnel, aérer chaque jour et ne jamais boucher les aérations. Voici les 7 vérifications à faire avant l’hiver, les signes qui doivent alerter chez un bébé et la conduite à tenir.
Pourquoi le monoxyde de carbone est-il dangereux pour bébé ?
Le CO se forme quand un combustible brûle mal : gaz, fioul, bois, charbon, pétrole. Il est invisible, sans odeur et n’irrite ni les yeux ni la gorge. Une fois respiré, il prend la place de l’oxygène dans le sang [1].
Les nourrissons sont en première ligne. Entre 2014 et 2020, les bébés de moins de 1 an ont représenté 12 % des passages aux urgences et 33 % des hospitalisations en réanimation pour intoxication au CO [1]. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ont mal à la tête, leurs signes sont souvent atypiques, et ils peuvent être les premiers, voire les seuls, à être touchés dans le logement [2].
Si vous attendez un bébé, la vigilance vaut aussi pour vous : l’Assurance Maladie souligne que le CO est particulièrement dangereux pendant la grossesse, pour la mère comme pour le fœtus [1].
Quels appareils de la maison peuvent produire du CO ?
Faites le tour de votre logement, pièce par pièce. Voici où regarder :
| Pièce | Appareils à repérer |
|---|---|
| Cuisine, cellier, buanderie | Chaudière gaz, fioul ou bois ; chauffe-eau gaz ; cuisinière ou four à gaz |
| Salon | Poêle à bois ou à granulés, insert, cheminée |
| Chambres et pièces froides | Chauffage d’appoint mobile au pétrole ou au gaz |
| Garage, abri, extérieur | Voiture, groupe électrogène, barbecue, brasero, outils à moteur thermique |
Les radiateurs et plaques électriques ne brûlent aucun combustible : ils ne produisent pas de CO. Le risque vient des appareils de ce tableau, surtout lorsqu’ils sont mal entretenus, mal utilisés ou installés dans une pièce mal ventilée [1][3].
Quelles vérifications faire avant l’hiver ?
Pour chaque point, vous trouverez ce que vous pouvez faire vous-même et ce qui revient à un professionnel.
1. Repérer tous les appareils à combustion
Vous : notez sur un papier chaque appareil du tableau ci-dessus présent chez vous, avec sa pièce. Entourez ceux qui ne servent qu’en hiver, comme l’insert ou le chauffage d’appoint rangé au garage depuis mars : ce sont eux qu’on remet en route sans y penser.
2. Retrouver l’attestation d’entretien de la chaudière
Obligatoire Les chaudières au fioul, au gaz, au bois, au charbon ou multicombustible de 4 à 400 kW doivent être entretenues chaque année par un chauffagiste qualifié [4].
Vous : cherchez la dernière attestation. Le chauffagiste doit la remettre dans les 15 jours suivant sa visite, et elle se conserve au moins 2 ans [4]. Si elle date de plus d’un an, prenez rendez-vous sans attendre les premiers grands froids.
Le professionnel : il contrôle l’appareil et mesure le CO. À partir de 50 ppm, le danger est jugé grave et immédiat : la chaudière doit être mise à l’arrêt [4]. Faites vérifier aussi le chauffe-eau et les autres appareils de chauffage, au moins une fois par an et avant toute remise en service [1].
3. Vérifier le ramonage des conduits
Le professionnel : le ramonage mécanique des conduits de fumée (chaudière, poêle, insert, cheminée) est réalisé par un professionnel qualifié [1].
Vous : vérifiez l’attestation du dernier ramonage. En France, les conduits concernés doivent être ramonés au moins une fois par an. Dans la majorité des départements, les règles locales en exigent deux, dont un pendant la période de chauffe. Votre mairie ou votre préfecture peut vous indiquer la règle applicable à votre installation [5]. Conservez l’attestation remise par le ramoneur.
4. Dégager les entrées et sorties d’air
Vous : passez dans chaque pièce, chambre de bébé comprise. Une grille cachée derrière la commode, une bouche de VMC encrassée, une aération bouchée au ruban adhésif pour couper les courants d’air : tout cela empêche l’air de circuler. Le ruban adhésif gagne contre les courants d’air, mais il perd contre le CO. Les entrées et sorties d’air ne se bouchent jamais [1][3].
Le professionnel : si la VMC semble ne plus aspirer, faites-la contrôler.
5. Aérer 10 minutes par jour, même quand il fait froid
Vous : ouvrez les fenêtres au moins 10 minutes chaque jour [3]. Avec un bébé, le plus simple est d’aérer sa chambre quand il est dans une autre pièce, par exemple pendant le bain ou le repas.
6. Fixer les règles pour l’appoint, la cuisine et les moteurs
Vous : mettez-vous d’accord à la maison, et avec toute personne qui garde bébé :
- un chauffage d’appoint à combustion ne fonctionne pas plus de 2 heures d’affilée, en respectant sa notice et son combustible [3][6] ;
- la cuisinière et le four ne servent jamais à chauffer une pièce [3] ;
- groupe électrogène, brasero et barbecue ne s’utilisent jamais dans un espace fermé, ni dehors près d’une porte, d’une fenêtre ou d’une aération [1][3] ;
- le moteur de la voiture ne tourne jamais dans le garage, même portes ouvertes pour le faire chauffer [3].
7. Préparer la conduite à tenir et décider pour le détecteur
Vous : affichez la conduite à tenir près de l’entrée ou sur le frigo, avec votre adresse exacte. Décidez ensuite, en connaissant ses limites, si un détecteur de CO vient compléter vos vérifications. Il ne remplace aucune des six précédentes [7].
Quels signes doivent alerter chez un bébé ?
Chez le nourrisson, l’intoxication passe souvent inaperçue au début parce que ses signes ressemblent à autre chose [2] :
- il refuse de téter ;
- il pleure sans raison apparente ;
- il paraît inhabituellement endormi ou peu réactif (on parle de torpeur) ;
- il fait des convulsions.
Chez les adultes et les enfants plus grands, les signes les plus fréquents sont les maux de tête, la fatigue, les nausées, les vomissements et les vertiges [3].
Ce qui doit vraiment mettre la puce à l’oreille, c’est le contexte : plusieurs personnes ou un animal de la maison touchés en même temps, des symptômes qui apparaissent près d’un appareil à combustion, ou qui s’atténuent quand on sort du logement [2][3].
Ces signes ont bien d’autres causes, à commencer par les virus de l’hiver. Mais un doute suffit pour agir : n’attendez pas de voir si cela passe. L’Assurance Maladie conseille d’appeler les secours même pour de simples maux de tête lorsqu’une intoxication est possible [1].
Que faire si vous suspectez une intoxication au monoxyde de carbone ?
- Aérez : ouvrez portes et fenêtres sur votre passage [1][3].
- Arrêtez l’appareil à combustion si vous pouvez le faire immédiatement, sans vous attarder [3].
- Sortez avec bébé et toutes les personnes présentes [3].
- Une fois dehors, appelez le 15 (SAMU), le 18 (pompiers) ou le 112. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent joindre le 114 par SMS, tchat, visio ou l’application Urgence 114 [8].
- Ne rentrez pas avant l’avis des pompiers ou d’un professionnel du chauffage [2].
Au téléphone, donnez l’adresse exacte, ce qui se passe, le nombre de personnes concernées et l’état de bébé. Ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur vous le dise [1].
Si un détecteur de CO se déclenche, le réflexe est le même : on aère, on sort, on appelle [6].
Pour avoir tous les numéros sous la main, consultez notre guide des numéros d’urgence pour les familles.
Un détecteur de monoxyde de carbone est-il utile avec un bébé ?
Il peut l’être, à condition de savoir ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas.
Ce qu’il fait : un détecteur conforme à sa norme déclenche une alarme selon la concentration de CO mesurée et la durée de l’exposition. Il peut signaler une situation dangereuse, sans remplacer l’entretien des appareils ni l’aération.
Ses limites :
- il n’est pas obligatoire, contrairement au détecteur de fumée [7] ;
- les seuils et délais de déclenchement sont fixés par la norme : il ne garantit ni une alerte immédiate pour toute présence de CO ni l’absence de risque avant l’alarme. Si des signes font penser à une intoxication, ne vous fiez jamais au seul détecteur ;
- la fiabilité des modèles vendus est variable. Service-Public conseille de vérifier la mention de la norme NF EN 50291 sur l’emballage [6] ;
- l’emplacement, l’entretien et la durée de vie dépendent du modèle : suivez sa notice.
Ne le confondez pas avec le détecteur de fumée, obligatoire dans chaque logement [7] : celui-ci repère un incendie, pas le CO, sauf s’il s’agit d’un modèle combiné.
Si vous décidez de vous équiper, nous avons comparé trois modèles dans notre sélection de détecteurs de monoxyde de carbone pour la maison.
Checklist familiale avant l’hiver
À imprimer et à cocher, ou à recopier sur la fiche de votre frigo :
| Vérification | Statut | Fait le |
|---|---|---|
| J’ai repéré tous les appareils à combustion, pièce par pièce | À faire soi-même | …/… |
| L’attestation d’entretien de la chaudière a moins d’un an | Obligatoire (4 à 400 kW) | …/… |
| Chauffe-eau et autres appareils vérifiés par un professionnel | Recommandé | …/… |
| Le ramonage est à jour (au moins une fois par an, plus si la règle locale l’exige) | Obligatoire | …/… |
| Aucune entrée ni sortie d’air n’est bouchée, chambre de bébé comprise | Recommandé | …/… |
| On aère 10 minutes par jour | Recommandé | …/… |
| Appoint 2 h maximum, jamais de cuisinière pour chauffer, aucun moteur ni barbecue à l’intérieur | Recommandé | …/… |
| La conduite à tenir est affichée avec notre adresse exacte | À faire soi-même | …/… |
| Détecteur de CO NF EN 50291 : décision prise | Facultatif | …/… |
Vous confiez bébé à une baby-sitter cet hiver ? Ajoutez la conduite à tenir à sa fiche de sécurité baby-sitter.
Questions fréquentes
Un chauffage électrique peut-il produire du monoxyde de carbone ?
Non, un radiateur entièrement électrique ne produit pas de monoxyde de carbone en fonctionnement normal. Il ne brûle aucun combustible : il transforme l’électricité en chaleur. Vous pouvez donc chauffer la chambre de bébé avec un convecteur ou un radiateur électrique sans créer de CO par cet appareil. Mais un logement chauffé à l’électricité n’est pas automatiquement à l’abri : une cuisinière à gaz, un chauffe-eau à combustion, un poêle, un groupe électrogène ou des fumées venues de l’extérieur peuvent exposer ses occupants au CO [1]. Repérez tous les appareils à combustion du logement.
Peut-on sentir le monoxyde de carbone ?
Non. Le CO est invisible, sans odeur et n’irrite pas les voies respiratoires [1]. Seuls les signes chez les occupants, ou un détecteur, peuvent alerter.
Le monoxyde de carbone est-il dangereux pendant la grossesse ?
Oui. L’Assurance Maladie le décrit comme particulièrement néfaste pour les femmes enceintes, avec une dangerosité élevée pour le fœtus [1]. Les mêmes vérifications et la même conduite à tenir s’appliquent.
Qui doit faire entretenir la chaudière quand on est locataire ?
Le locataire fait appel au chauffagiste de son choix, sauf si le bail prévoit que le propriétaire s’en charge. Pour une chaudière collective, c’est le propriétaire de l’immeuble ou le syndicat de copropriété [4].
Apprendre les gestes de premiers secours pour protéger bébé
La prévention reste la meilleure protection contre le monoxyde de carbone. Pour les autres accidents du quotidien, le Guide des premiers secours bébé de Family Sauvetage propose des conseils de prévention pièce par pièce et des repères pour découvrir les gestes d’urgence. Ces supports ne remplacent ni l’intervention des secours ni une formation pratique encadrée.
Pour apprendre ces gestes en vidéo, à votre rythme, la formation vidéo premiers secours bébé et enfant couvre l’appel aux secours, l’inconscience et la position latérale de sécurité.
Ni le guide ni la formation ne remplacent l’entretien de vos appareils ni l’appel aux secours.
Sources
- Assurance Maladie — Intoxication au monoxyde de carbone, 14 septembre 2026, consulté le 20 octobre 2026.
- ARS Bretagne — Le monoxyde de carbone, 16 janvier 2026, consulté le 20 octobre 2026.
- Santé publique France — Intoxications au monoxyde de carbone : adopter les bons gestes peut sauver des vies, 26 novembre 2025, consulté le 20 octobre 2026.
- Service-Public — Entretien de la chaudière, vérifié le 19 mai 2025, consulté le 20 octobre 2026.
- Service-Public — Ramonage de cheminée et de poêle (décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023), mis à jour le 13 mai 2026, consulté le 20 octobre 2026.
- Service-Public — Chauffage : attention aux intoxications au monoxyde de carbone, 19 novembre 2024, consulté le 20 octobre 2026.
- Assemblée nationale — Réponse ministérielle sur les détecteurs de monoxyde de carbone, JO du 11 décembre 2018, consulté le 20 octobre 2026.
- Service-Public — Numéros d’urgence, vérifié le 25 août 2026, consulté le 20 octobre 2026.
